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Quelle aventure!
16 avril 2009 | Publié par Eric Chartré
Je suis enfin revenu parmi la civilisation (avec des accents en prime – à force de gosser, on finit par y arriver). Aujourd’hui, je suis arrivé à Fukuoka et je traîne dans un café Internet parce qu’il fait froid, mes vêtements chauds sont tout crottés et on ne sait pas trop s’il va pleuvoir ou non. De toute façon, c’est le soir qu’il se passe des choses ici il paraît… Revenons quelques jours en arrière…
Des montagnes, des vraies montagnes.
Voici un « bref » exposé de mon aventure dans les montagnes japonaises de l’île de Shikoku.
Je prends le train pour Awa Ikeda. Le Shinkansen, ça va vite en titi. Les trains locaux, c’est une autre chose…
Quelques heures plus tard, je me ramasse à Oboke (en passant, cherchez avec Google). Je pensais faire une bonne affaire en allant directement là-bas et me trouver un petit ryokan (auberge traditionnelle japonaise) mais, arrivé dans ce village (hameau est un terme plus exact), il ne reste plus de place à l’endroit où je pensais rester. Il est 20:00 et il pleut… Retour à Awa Ikeda.
Je m’essaie donc pour l’auberge de jeunesse de la place. Plus de place et en plus, c’est hyper compliqué pour se rendre. Ça ne va pas bien. Je demande donc au contrôleur des trains de m’indiquer où je pourrais passer la nuit. Il m’indique 3 endroits. J’essaie le premier… Un charmant ryokan tout équipé en toilette autonettoyante de derrière et de douches à la japonaise multifonctions. Une aubaine en plus, à peine plus cher que mes nuits dans l’hôtel capsule de Tokyo.
J’essaie donc de partir le matin très tôt (genre 6:30). Les japonais ne sont pas très matinaux en général. Attends donc jusqu’à 7:30 pour que la proprio de la place daigne se lever (très sympathique par contre). Je paie et part à l’aventure… Encore le train pour Oboke et c’est là que ça commence.
Pas moyen de trouver un bus. Pas même moyen de trouver un arrêt d’autobus. Donc, il me reste que deux choses pour parcourir les 55 quelques km jusqu’au pied du Tsurugi-san. Marcher ou faire du pouce. Je choisis la deuxième option même si le jeune homme (british je crois) du kiosque d’information à Tokushima me l’a déconseillé (avec un clin d’oeil – c’est le discours officiel).
Un premier homme me prend et me laisse à côté du pont en lianes de Kazurabashi. Encore plus que 40 km, environ. Je continue à marcher. 5 minutes, 10 minutes, 20 minutes. Quand il y a des voitures (genre une aux 3 minutes), elles ne s’arrêtent pas. Suis-je dans la m….? Étant patient de nature, je continue mon petit bonhomme de chemin. Une charmante dame de 46 ans (je sais bien des choses sur bien des gens maintenant) me ramasse dans sa petite voiture rouge pleine de toriniku congelé – c’est du poulet – qu’elle vend dans sa petite boutique. Sur le chemin, à Kubo, elle fait monter sa mère… (tenez-vous bien) dans le coffre de sa hatchback à côté du poulet. J’essaie de lui dire que ça n’a pas de bon sens mais que voulez-vous… Je suis leur invité. Elle arrête même dans un dépanneur pour m’acheter un peu de nourriture car elle croyait que j’allais tout acheter au pied de la montagne. En passant, tout est fermé là-bas à ce temps-ci de l’année. Pour faire une histoire courte, elle va même me porter jusqu’au pied de la montagne. Les japonais sont comme ça. Quand on rencontre une bonne personne…
Me voici donc au pied du Tsurugi-san. Étant un peu paresseux de nature, je décide de tricher un peu (surtout qu’il pleut et qu’il est dépassé midi). Je prends donc le remonte-pente. Quelle aventure!
Quelques ramen instantanés, du thé et une boulette de riz plus tard, je suis couché dans mon sac de couchage, près à y passer le reste de la nuit. Il est 17:00 et je fais dodo!
Il vente, il pleut, je crois même qu’il a grêlé. Mon envie de faire pipi me réveille vers 5:00 du matin. Il fait frettttttte dès que je sors le nez de ma momie. Lis un peu, prépare encore des *&$?/*&$ de ramen instantanés et me voilà près pour une autre journée dans mes vêtements humides et glacés. Le truc, pour se réchauffer, c’est de manger comme un cochon (même quand c’est pas bon) et de bouger.
7:00 Départ pour Miune-san. Encore la tête dans les nuages… Mais là, vers 9:00, le soleil ose se pointer. Ahhhhhhh! Quel soulagement. Ironiquement, il ne me reste qu’un problème à résoudre, mon approvisionnement en eau. Au Japon, depuis le début du mois de mars, il a fait très beau et très chaud. On vit donc une petite sécheresse et toutes les sources d’eau indiquées sur ma carte sont taries. Il ne me reste qu’un maigre litre d’eau et je souhaite de trouver une source quelque part.
Marche, marche, marche, monte, descend, monte encore, descend, fait un peu d’escalade et me voici au sommet du Miune-san (1893,4 m). Je suis supposé de faire cette marche en 6 heures. Je l’ai fait en 4h10. Pour les pas forts en calculs, il est 11:10. Une heure avant, je m’étais heureusement trouvé un trou d’eau (vraiment un trou d’eau). Mais pourquoi m’inquiéter? Juste à côté du sommet, il y a une belle mare à canard accompagnée d’une belle petite cabane à deux étages où il est possible de coucher une quarantaine de personnes.
Encore des /(*&$/(*$& de ramen (au cari cette fois-ci) et là il faut que je prenne une décision. Je reste où je redescends? Si je redescends, par quelle route? Armé encore une fois de ma carte topographique et de ma boussole, je décide de prendre ma route originale : la panoramique. Je me dis qu’à la vitesse où je marche, je devrais être rendu en bas à 17:00.
Après m’être perdu dans les hautes herbes deux fois et d’avoir fait preuve d’un peu d’arrogance en pensant que j’avais parcouru le restant en 3 heures au lieu de 4 heures (donc je n’ai pas pris le bon chemin encore une fois), je me retrouve à Kubo (16:45), prêt à revenir à Awa Ikeda où j’avais laissé mon trop plein (2 kg de gogosses). Encore du pouce, du train et me voilà de retour!
Pour les mordus de plein-air, mon sac à dos, incluant tente, sac de couchage, 3 l d’eau et bouffe pour 4 jours (on n’est jamais trop prudent) = 11 kg.
En passant, du sommet du Tsurugi-san jusqu’à mon retour à Kubo, je n’ai rencontré personne, nada, niet. Même pas de loin. Les montagnes m’appartenaient.
C’était donc mon aventure!

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